De l’Andalousie à la Catalogne

Miguel Hernandez est un grand poète et dramaturge espagnol, mort en 1942 dans une prison franquiste à Alicante. L’un de ses poèmes les plus célèbres, Aceituneros (« ramasseurs d’olives » – on dirait aussi « oliveurs »), chant engagé, chant de classe, a été mis en musique par Paco Ibanez sous le titre Andaluces de Jaen, et maintes fois chanté par lui, surtout dans les années 60 à 80, sous les applaudissements d’un public complice. Un public fraternel, aurait-on envie de dire, mais qui donc comprend encore cet adjectif aujourd’hui ?

Il s’agit de l’Andalousie, terre pauvre, exploitée par les grands latifundiaires employant des centaines d’ouvriers agricoles sur une même terre. Dans mon livre (il ne faut jamais perdre une occasion de faire un peu de publicité rédactionnelle, et on n’est jamais si bien servi que par soi-même) à l’entrée « Jaen », on trouvera des commentaires sur la culture de l’olivier en Andalousie, mais ce n’est pas mon propos ici.

En effet, quand il est question d’Espagne ces temps-ci, ce n’est pas l’Andalousie et ses ramasseurs d’olives qui viennent à l’esprit, ce ne sont pas les abominations du franquisme, c’est la question catalane. Autres temps, autres mœurs. D’après ce qu’on peut comprendre, de France, à cette question compliquée, et si on prend une image (ultra-) simplificatrice, les Catalans ne veulent plus payer pour les Andalous ramasseurs d’olives. (Cela rappelle la Ligue du Nord en Italie et sa Padanie.) Voilà tout.

Certes le sentiment d’identité catalane puise ses racines pour partie dans l’Histoire, mais aussi pour partie dans ce conflit qui le renforce chez les uns et le fait germer chez les autres ; le cercle vicieux des haines « nationalistes » s’enclenche et se met à fonctionner tout seul (on serait tenté de dire « en roue libre », ce qui n’est pas mal pour un cercle, surtout vicieux). Et donc, pour commencer, que le ramasseur d’olives andalou aille au diable! Mais pour finir, amis catalans, vous n’allez tout de même pas nous déclencher une nouvelle guerre civile ?

Au fait, savez-vous où il habite, Paco Ibanez, l’aède des oliveurs andalous ? A Barcelone. J’ignore quelle est sa position dans le débat actuel, mais il a participé voici quelques années à des concerts de soutien à l’indépendance… comme quoi ma simplification précédente ne saurait rendre compte de toutes les subtilités de la situation…

Vous trouverez ci-dessous le poème en question. Il n’est pas nécessaire de le traduire, il se comprend aisément. On en trouvera une analyse en espagnol, ainsi que d’autres informations sur Miguel Hernandez, en cliquant ici.

Et en cliquant ici, le voici chanté, vibré, par Paco Ibanez. (La chanson commence à 1mn40, après une longue adresse de Paco au public).

 Andaluces de Jaén,
aceituneros altivos,
decidme en el alma
¿ quién, quién levantó los olivos ?
andaluces de Jaén,
andaluces de Jaén,


No los levantó la nada,
ni el dinero, ni el señor,
sino la tierra callada,
el trabajo y el sudor.

Unidos al agua pura
y a los planetas unidos,
los tres dieron la hermosura
de los troncos retorcidos.
Andaluces de Jaén,


Andaluces de Jaén,
aceituneros altivos,
decidme en el alma :
¿ de quién,de quién son estos olivos ?
andaluces de Jaén,


Andaluces de Jaén,
Cuántos siglos de aceituna,
los pies y las manos presos,
sol a sol y luna a luna,
pesan sobre vuestros huesos !
Jaén, levántate brava
sobre tus piedras lunares,
no vayas a ser esclava
con todo tus olivares

 

 


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