La bactérie a traversé la mer thyrrénienne à la rame

Mon article du 25 novembre tentait de faire le point sur la bactérie tueuse d’oliviers en Italie. Mais qu’en est-il en France ?

Malgré les mesures édictées par la Commission Européenne à propos de la lutte contre la Xylella dans le Salento, extrémité sud de la province des Pouilles, mesures plus ou moins suivies, la bactérie a fait son apparition en France dès 2015. Son apparition… vraiment ? à moins qu’elle n’ait été là depuis longtemps et qu’on ne s’en soit aperçu que récemment à la faveur de l’attention créée par la situation dans les Pouilles ?

En tous cas, 350 foyers ont été détectés à ce jour en Corse. (Difficile d’imaginer que ceux-ci soient survenus en deux ans. C’est bien qu’auparavant, on ne s’intéressait pas à cette bestiole !). Cependant, il ne s’agit pas de la souche de bactérie Xylella Fastidiosa « Pauca » des Pouilles, mais d’une souche « Multiplex » qui jusqu’à présent, ne s’en est pas prise aux oliviers mais surtout aux « polygales à feuilles de myrte ». Voilà une belle occasion de s’instruire ; c’est quoi, d’abord, le polygale, qu’il soit à feuilles de myrte ou pas ? Bon, c’est un arbuste décoratif (importé d’Italie ?) et pour en savoir plus, voyez la photo en exergue à ce post et allez voir sur Wikipédia. D’autant plus qu’il y a aussi, parmi les victimes, le « spartium junceum », alors…

(NB. Fastidiosa Multiplex ne doit pas être confondue avec le moment de la pub au cinéma.)

Quoiqu’il en soit, l’ensemble de la Corse est désormais considérée, par une décision de l’UE d’octobre 2017, comme zone infectée par la souche Multiplex. A l’intérieur de l’île, la circulation des végétaux, même ceux comme l’olivier et la vigne considéré comme sensibles, est permise. De même, la plantation de variétés réputées résistantes, ou relativement plus résistantes, à la bactérie. De quoi encourager les variétés « endogènes », les vrais oliviers corses en somme. Car il s’agit aussi de lutter contre les importations intempestives d’arbres, soit illégales soit autorisées par dérogation, en développant des pépinières locales, protégées sous des serres hermétiques aux insectes. Cette année, 10.000 pieds de variétés corses ancestrales vont être plantés. Investissement à long terme et changement d’état d’esprit.

Premiers plants d'oliviers corses

C’est une bonne nouvelle. Mais espérons qu’il ne faille voir dans cet engouement corse pour les arbres corses aucune ressemblance avec la méfiance de l’étranger, pour ne pas dire plus, qui se développe partout en Europe ! La distance entre « mes variétés d’olivier (ou de vigne, ou de fromage), saines et locales » et la rhétorique « mes origines, mes gènes, mes saints » est grande. Qu’elle le reste ! Sinon, l’affaire de la Xylella et ses conséquences pourrait revêtir un jour la même symbolique que La Peste de Camus autrefois…

Allons, foin de rapprochements intempestifs. Laissons-nous charmer par les noms des variétés corses en question : Gjermana, Capanacce, Zinzara, Biancaghja… et réjouissons-nous du fait que la xylella a sans doute joué un rôle décisif (bien malgré elle car elle est fondamentalement méchante), dans ce redémarrage d’une agronomie oléicole locale.

En région PACA, on comptait en octobre 26 foyers, répartis dans les Alpes-Maritimes et dans une moindre mesure le Var. Tous concernent la même souche Multiplex, sauf un, qui est de la souche Pauca, mais celle-ci n’a pas non plus touché d’olivier jusqu’à présent. Il faut dire que la densité oléicole de ces deux départements n’a rien à voir avec celle des Pouilles. Ce n’est pas un fleuve tranquille pour autant ; par exemple la presse régionale a abondamment raconté l’histoire d’une malheureuse maison de retraite condamnée à couper tous ses oliviers, ses lauriers-roses, myrtes, ses amandiers, et que sais-je encore, à la suite de la découverte d’un « foyer ». La terre brûlée !

Alors, l’extrême inquiétude manifestée à l’origine était-elle justifiée, et est-elle encore de mise aujourd’hui ? Pas vraiment. Bien que, juchée sur les insectes qui la transportent gratuitement, elle soit capable de parcourir des distances appréciables, on ne peut pas dire qu’elle se soit répandue comme une traînée de poudre. Il n’est plus certain du tout qu’elle provienne, comme on l’avait dit, de bactéries importées dans le café brésilien ou équatorien. Il se peut qu’elle constitue un fonds endémique toujours présent, affecté de sautes d’humeur comme la grippe qui n’est pas toujours asiatique. Des variétés d’oliviers particulières semblent pouvoir lui résister suffisamment, en tous cas empêcher une progression épidémique. L’agriculture vit depuis toujours avec bien des bactéries mortelles pour telle ou telle espèce. Et, comble d’optimisme, les agronomes trouveront peut-être bientôt les moyens de l’éradiquer ?

Il n’en reste pas moins que la mondialisation, celle des échanges agronomiques, ou agro-alimentaires, ou même, simplement, celle des transports en général, accélère et aggrave la diffusion de maladies végétales. Ainsi les buis, atteints par une haïssable chenille, tout aussi haïssable quand elle devient papillon bien qu’à ce stade, le mal soit fait : la pyrale, venue à pied par la Chine. Pyrale du buisBien pire, à ce jour, que notre bactérie de l’olivier : chacun a pu le voir, partout en France, les buis sont en train de disparaître sous ses attaques. Seul espoir d’enrayement, les oiseaux. Mais les oiseaux sont des gens prudents qui, à la différence des humains, ne mangent pas n’importe quoi; ainsi, ne connaissant pas cette chenille d’origine étrangère, ils s’en tiennent éloignés. Autre intéressante différence avec les humains qui auraient plutôt tendance, dans un cas similaire, au massacre a priori. Mais lorsque les mésanges vont avoir appris la pyrale, alors là, un festin s’offrira à elles. Allez, les mésanges !

Mésange


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s