L’huile de la Villa d’Hadrien

L’huile de l’empereur Hadrien (76-138) va être à nouveau produite, et vendue à la boutique du fameux site antique de la Villa du même nom, à Tivoli, selon le conservateur de celui-ci.

C’est un joli petit coup de marketing: à rapporter dans ses bagages, un flacon d’huile d’Hadrien vaut bien un T-shirt à l’effigie de l’empereur (à condition de voyager en soute, sinon on vous le piquera au contrôle). Selon Olive Oil Times (ici), cette huile proviendra de l’oliveraie voisine de la villa; on sera ainsi censé goûter à celle-là même qui enchanta le palais impérial (au sens architectural et anatomique) voici près de deux mille ans.

Bien entendu, tout est affaire d’imagination. C’est l’imagination qui fait le prix des grands vins historiques, des produits de luxe et des runnings de marque. Si cette huile, parce qu’elle provient d’oliviers qui poussent sur la terre que foulèrent autrefois les esclaves d’Hadrien, est perçue comme meilleure, tant mieux! Mais il est certain que les oliviers d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux du premier siècle; les variétés ont évolué, se sont composées, décomposées, recomposées, on ne sait même plus, en général, de quelle variété d’aujourd’hui se rapproche le plus telle ou telle variété antique, parmi celles que citent Caton, Pline ou Columelle, fameux agronomes et écrivains de Rome.

On aurait pu espérer que cette initiative marketing se double d’un effort de restitution des techniques antiques. Plutôt que de se limiter à changer l’étiquette de l’huile du verger d’à côté, le directeur du site aurait pu pousser la conscience professionnelle jusqu’à la reconstitution d’un pressoir antique. D’éminents archéologues auraient pu l’orienter dans la reproduction du contexte romain… En témoignent ci-dessous deux pressoirs d’Herculanum, images fournies par Jean-Pierre Brun, archéologue et professeur au Collège de France.

Avant de passer au pressoir, les olives étaient écrasées par des meules de pierre. 

Entre le premier siècle et le début du vingtième, les techniques n’ont pas fondamentalement changé, jusqu’à l’arrivée de l’énergie électrique et surtout de la « mécanique inox ». 

En tous cas, il reste à mettre en vente à Tivoli le vin d’Hadrien, les parfums d’Hadrien, ou encore, plus difficile, les tubes musicaux d’Hadrien. Pour le vin et les parfums, les mêmes archéologues sont parfaitement affûtés. Nous en reparlerons une prochaine fois.


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