Matisse, Pasiphaé et l’olivier

Que peuvent avoir en commun Matisse et les oliviers ? Simplement le pays niçois, où le peintre vécut pendant plus de vingt ans et où les oliviers ont une ancienneté de deux mille cinq cents ans, rejetons d’une vieille lignée d’origine grecque.

Parmi les peintres, nul n’égale Van Gogh dans la passion de peindre les oliviers : « Ah, mon cher Théo, si tu voyais les oliviers à cette époque-ci! Le feuillage vieil argent et argent verdissant contre le bleu. (…) Les oliviers sont fort caractéristiques et je lutte pour attraper cela. C’est de l’argent tantôt plus bleu tantôt verdi, bronzé, blanchissant sur terrain jaune, rose, violacé ou orangeâtre, jusqu’à l’ocre rouge sourde. Mais fort difficile, fort difficile. Mais cela me va et m’attire de travailler en plein dans de l’or et de l’argent. » Et ce qu’il écrit si merveilleusement, il le peint mieux encore, malgré ou à cause de la difficulté qu’il souligne… Pas moins de douze grandes toiles seront consacrées aux oliveraies des Alpilles.

Matisse, autant qu’on sache, n’a pas ce rapport passionné avec l’olivier. Mais l’arbre de lumière s’inscrit forcément dans son paysage, comme dans celui de Monet et de bien d’autres, durant leurs séjours provençaux. Les toiles de Matisse consacrées à des vergers ou à des allées d’oliviers ne sont pas rares. Dans les dessins et découpages de la dernière partie de sa carrière, on aurait pu s’attendre à ce que le rameau d’olivier, si « graphique », soit plus présent qu’il ne l’est. Mais il est un dessin étrange, de 1943, qui évoque « Pasiphaé étreignant l’olivier sur l’écorce duquel le taureau s’est frotté » :


fait de quelques traits, d’une simplicité toute matissienne, l’érotisme de ce dessin n’en est que plus ardent. Faut-il rappeler l’histoire de Pasiphaé, amoureuse d’un magnifique taureau blanc, se faisant fabriquer une vache de bois, à l’intérieur duquel elle s’installe, disons, confortablement, et que vient féconder le taureau ? Cela donnera, à Cnossos, le Minotaure, monstre enfermé dans le Labyrinthe, Thésée et le fil d’Ariane. Mais ici, Matisse situe son épisode de l’olivier vraisemblablement la satisfaction du désir de Pasiphaé, qui enlace avec ardeur l’arbre sur lequel persiste l’odeur du taureau, magnifiée peut-être par quelque huile d’olive. Attention, Pasiphaé, l’écorce de l’olivier est franchement rugueuse et ta peau, à bien lire ce dessin, est si lisse !


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s